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Jan, 2015

Un pied à l’école, l’autre en entreprise

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Les « alternants » mènent une double vie. Etudiant à l’école, salarié dans l’entreprise… difficile parfois de se positionner…

L’alternance est en vogue, plébiscitée par les professeurs comme par les étudiants. Elle doit son succès à l’alliance de la théorie et de la pratique. En entreprise, les alternants sont totalement immergés dans le monde du travail. « Nous les considérons comme des salariés à part entière, assure Cédric Voix, ancien responsable de recrutement pour le groupe L’Oréal. Ce sont des missions d’importance qui leur sont confiées. Ils ont donc les mêmes droits et devoirs que les autres ».

Si la pression peut-être lourde sur de jeunes épaules, la reconnaissance du travail et le salaire versé sont des arguments qui font mouches chez les étudiants. Séduits par ce nouveau statut, certains sont tentés de délaisser les cours pour leur travail en entreprise.

Et sans résultats, pas de diplôme ni de travail en fin de parcours. Les tuteurs doivent veiller aux notes de leurs alternants comme l’école sur l’attitude de l’élève en entreprise.

Un planning intelligent

Ces changements de rythmes répétés entre les deux établissements nécessitent une bonne organisation. En début d’année, il faut prévoir avec le tuteur et l’école un planning cohérent : « Le rythme de l’alternance doit correspondre à nos besoins, explique Cédric Voix. Ça joue un rôle dans le recrutement », prévient-il.

Trouver le juste équilibre nécessite une bonne circulation des infos entre les trois participants. Aussi, l’alternant doit savoir gérer les priorités : « un bon alternat doit savoir anticiper ses absences en gérant ses priorités. Il doit par exemple alerter ses collègues sur les sujets urgents à suivre durant sa période à l’école afin qu’ils prennent le relais » souligne Véronique Cotelle, DRH de pôles dans le groupe de certification SGS. Ceci afin d’éviter d’être débordé à votre retour de l’école.

Lorsqu’il part suivre ses sessions de formation, Benjamin, alternant en master 1 chez Advancia, école d’entrepreneuriat de la CCIP et conseiller patrimonial chez Aviva, laisse un message d’avertissement sur sa boîte vocale. « Je précise que je suis en séminaire ou en formation ou encore en congés. Mais je ne dis jamais que je suis parti à l’école cela pourrait perturber la confiance de mes clients », souligne-t-il. Un mail avertissant vos contacts de votre absence de telle date à telle date s’impose aussi.

Réglé comme un métronome

« La capacité d’organisation est un critère d’évaluation de l’alternant« , insiste Serge Assayag, spécialiste en RH et management du cabinet conseil Weave. Un alternant épanoui et reconnu est un alternant passé maître dans l’art de l’organisation.

Pour être sûr de ne rien zapper, Marie, alternante en 3e année à Grenoble EM, a trouvé la parade : « je note tout ce que j’ai à faire, sinon le cerveau ne peut pas suivre ». Elle note donc toutes les tâches à accomplir avec à chaque fois des dates butoir pour ne pas se laisser déborder. Qu’il s’agisse d’un rendez-vous avec sa tutrice, d’un document à fournir aux impôts, à la sécurité sociale, de son mini-PC à glisser dans ses bagages, des cours à prendre pour suivre ses cours à Grenoble… Rien n’y échappe. « Pour cela, je me sers de la fonction rappel de mon téléphone et de mon agenda électronique » conclut-elle.

Un savant mélange

Alternant, c’est un job à plein temps. Aussi, même en période de cours, il faut garder le contact avec l’entreprise. Veillez à passer un (ou des) coup de fil à vos collègues ou des mails. Pour ne rien louper, Benjamin applique une méthode imparable : « chaque jour après les cours, je consacre un gros quart d’heure à la lecture de mes mails professionnels. Et après ma journée de boulot, je relève mes mails scolaires émanant d’autres étudiants, de mon tuteur… Comme ça, je ne suis jamais déconnecté ». Et inversement.

Quand vous êtes en entreprise, il ne faut pas oublier de réviser ses cours. Un peu de travail régulier permet de lisser sa charge de travail et d’éviter le rush des examens (en plus de sa journée de boulot). Nicolas, recruté comme chef de projet applicatif RH par Sagem Défense Sécurité suite à son contrat en alternance avait trouvé la solution. « J’alternais deux semaines en entreprise et une semaine à l’école à Grenoble. Du coup, je planchais intensément sur mes cours les week-end précédents et suivants les sessions de formation, ensuite je me consacrais entièrement à mon boulot de salarié », se souvient-il.

Gagner sa place

Si les alternants sont considérés comme des salariés à part entière par les recruteurs, ils doivent constamment faire leur preuve auprès des équipes de la société. « T’es quoi toi ? Embauché ou en stage ? « , « Non en contrat de professionnalisation« . Pour nombre de salariés, le statut d’alternant n’est pas clair.

Pour éviter d’être marginaliser et trouver toute sa place dans l’entreprise, car vous êtes un salarié à part entière, faites votre propre marketing. « Ne pas se laisser traiter de ‘petit’ alternant« , conseille Hocine Toubache, responsable de l’alternance au sein d’une école de commerce. « En arrivant, j’ai expliqué mon statut, mon rythme d’alternance et mon rôle dans l’entreprise à mes collègues. Je me suis fait connaître et reconnaître, je fais maintenant partie de leur équipe », argumente Benjamin.

Certains groupes multiplient les opérations de communication interne. « Nous organisons par exemple les « Matinées Alternance Informatique ». Ces rencontres entre les jeunes alternants en informatique du groupe, les tuteurs et les managers, permettent de promouvoir cette voie de professionnalisation qu’est l’alternance. Nous formons également les tuteurs sur les aspects juridiques et administratifs liés aux contrats deprofessionnalisation« , explique Nathalie Rauhoff, responsable recrutement du groupe Crédit agricole SA.